Gone Girl : La non demande en mariage
Un thriller estampillé David Fincher est souvent gage de qualité. De Seven en passant par Millenium, le cinéaste réussit le pari de créer une atmosphère particulière tout en surprenant le spectateur par des rebondissements ingénieux. Gone Girl, adaptation du best seller "Les Apparences" écrit par Gillian Flynn, ne déroge pas à la règle. Doté d'une structure narrative extrêmement travaillée, le film noie le spectateur dans les eaux tumultueuses du mariage, où mensonges et faux-semblants sont légion.
A l'occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne (Ben Affleck) signale la disparition de sa femme, Amy (Rosamund Pike). Plus l'enquête avance, plus l'image du couple modèle se désagrège, jusqu'à ce que des soupçons se portent sur le mari...
Avec La non demande en mariage, Georges Brassens chantait son dégoût pour cette institution qui asséchait à petit feu l'amour du couple. David Fincher emprunte ce même chemin avec Gone Girl. Il n'y a pas de mariage heureux, voilà comment l'on peut résumer le message instillé dans le long métrage. Ce triste constat se fait ressentir dès la première scène : la tête posée sur les genoux de son mari, Amy se laisse caresser les cheveux. En voix off, Nick explique qu'il aimerait briser le crâne de sa femme afin de connaître ses pensées. Cette dualité s'exprimera tout le long du film car pour le réalisateur, la tromperie et la dissimulation sont des étapes obligatoires dans la construction d'une union.
La guerre des Roses
Ce pessimisme exacerbé se fond à la perfection avec la forme glaciale de Gone Girl. L'atmosphère y est glauque et la surabondance de couleurs froides ajoute un air clinique au film. Tout en retenu, Ben Affleck ne fait quasiment apparaître aucunes émotions à son personnage, comme s'il était sous anesthésie, complètement vidé de sa substance. Mais la palme de la frigidité revient sans hésitation à Amy, Interprétée par Rosamund Pike. Sans trop entrer dans les détails afin de ne pas gâcher les nombreuses surprises qu'offre le long métrage, l'épouse disparue porte à merveille le petit surnom de "pétasse" donné par Nick et la soeur de celui-ci.
Mais ce qui différencie Gone Girl des thrillers médiocres, c'est bien sa narration dynamique et pointilleuse. Mélangeant les points de vues, les flashbacks et les événements parallèles, Fincher dynamise une histoire déjà bien mouvementée, engraissant au passage le spectateur de pièges scénaristiques, de faux semblants ou de rebondissements qui le feront devenir chèvre.
Véritable leçon de cinéma tant au niveau de la mise en scène que scénaristique, Gone Girl perd le spectateur dans l'enfer du mariage, endroit où les apparences sont trompeuses, et fera réfléchir certains avant de se laisser passer la bague au doigt. Vive les mariés !
