The Revenant : Man Vs Wild
Un tournage laborieux, un acteur principal au-delà de ses limites... Beaucoup de choses ont été dites sur le nouveau Innaritu, aiguisant, peut-être un peu trop, la curiosité et l'attente des spectateurs. The Revenant est, à n'en pas douter, un film majeur dans l'histoire du cinéma mais déçoit un peu. La faute à une durée excessive et à certaines séquences trop répétitives.
Agressé par un ours, Hugh Glass (Leonardo Di Caprio) est laissé pour mort par ses équipiers dans l'Amérique sauvage. Mais revenu d'entre les morts, le trappeur entreprend un long voyage afin de retrouver Fiztgerald (Tom Hardy), l'homme qui l'a trahi et responsable de la mort de son fils...
Inarrêtable Innaritu. Après le chef-d'oeuvre Birdman, multi-récompensé aux Oscars, le cinéaste revient aux affaires, mais pas sur la pointe des pieds, avec The Revenant. En adaptant le roman du même nom qui relatait cette histoire vraie, le Mexicain n'a pas eu froid aux yeux dans la conception de son film afin de proposer une véritable expérience sensorielle et marquante. Prévu initialement en 80 jours, le tournage s'est étiré sur 9 mois. La faute à une météo capricieuse mais surtout à une idée folle : Tourner uniquement à la lumière naturelle. Un parti pris qui obligeait à filmer seulement quelques heures par jour dans les décors enneigés du Canada puis de l'Argentine. Au final, le résultat est probant. Le directeur de la photographie, Emmanuel Lubezki, offre des images magnifiques qui renforcent le réalisme des scènes. Des séquences de nuit, éclairées à la flamme des flambeaux aux séquences de jours avec son soleil voilé qui donne, par moment, un aspect cotonneux, la lumière est travaillée comme un personnage à part entière.
Alejandro Innaritu aime les tours de force visuel et The Revenant ne déroge pas à la règle. Dès les premières minutes du film, le spectateur est littéralement scotché sur son siège, ne pouvant qu'être impressionné devant le plan séquence, une attaque d'indiens, orchestré par le réalisateur. Pendant que les flèches pleuvent, la caméra se balade dans le campement de fortune, se faufilant entre les morts pour rester au contact de ceux qui deviendront les " héros " de l'histoire. Autre scène épique, un peu plus tard, avec le combat entre Glass et le grizzly. Une dizaine de minutes de sang, de bestialité et de fureur qui prend aux tripes. Les gros plans sur Glass, visage contorsionné de douleur et dos lacéré, pousse le réalisme à son paroxysme, obligeant le spectateur à se questionner sur la fabrication de cette séquence hors norme.
La vengeance : Un plat qui se mange froid
Mais malgré les prestations irréprochables du metteur en scène, des acteurs, Leonardo Di Caprio et Tom Hardy en tête, The Revenant s'essouffle dans ce qu'il tente de montrer : un homme prêt à tout pour parvenir à se venger. La faute à une durée, avoisinant les 2h36, qui aurait gagné en vigueur en étant tronquée d'une bonne demi-heure. A force de voir le trappeur subir toutes sortes de difficultés et d'outrages, on se dit que notre héros se rapproche plus de Pierre Richard dans Les Malheurs d'Alfred que d'un authentique pionnier américain. Entre manger un foie de bison cru, tomber d'une falaise, être emporté par le courant d'une rivière glacée ou encore dormir dans une carcasse de cheval, Hugh Glass joue décidément de malchance, mettant à mal la patience du spectateur. Car, arrive un moment où il n'y croit plus, malgré un avide désir de ne pas sortir du film. Hélas, la séquence finale en fait encore un peu trop dans l'incroyable résistance de ses protagonistes.
Dommage car The Revenant s'interroge sur d'autres thèmes intéressants mais qui se font engloutir par la vague de la vengeance. Notamment les prémices d'un capitalisme sauvage qui a beaucoup de similitudes avec celui de notre époque : L'homme est un loup pour l'homme, comme l'écrivait Thomas Hobbes, un être sans scrupules, poursuivant si besoin ses intérêts au détriment des autres. Le spirituel essaye de se frayer également un chemin dans la narration. Dans ce monde glacial où la nature prend le dessus, l'homme se demande si Dieu est mort. D'où le désir de vengeance de Glass qui, poussé par les visions de sa femme et son fils, pense qu'il est le seul à rendre justice. Une idée nihiliste traduite par ce plan d'église ravagée en plein milieu d'une forêt avec au premier plan, Hawk, le fils assassiné de Glass.
D'une beauté époustouflante,The Revenant offre son lot de scène anthologiques. Dommage que le nouveau film d'Inarritu traîne en longueur et devient vite répétitif. Reste tout de même une oeuvre au-dessus des productions habituelles qui permet à cette histoire de trappeur de ne pas passer à la trappe.
