Suburra: Rome, ville corrompue
Un film au savoir-faire italien. On ne trouve pas mieux que nos voisins transalpins pour décrire la société contemporaine en proie à la corruption et à la violence. Gomorra, Romanzo Criminale, ou encore Il Divo, les cinéastes italiens n'ont pas peur de montrer une facette peu reluisante de leur pays. C'est le cas de Stefano Sollima et de son Suburra, film choral se déroulant dans une Rome déliquescente.
La Suburra, quartier malfamé de Rome, est au cœur d'un ambitieux projet immobilier. L'Etat, la Mafia et le Vatican sont impliqués. Mais en 7 jours, la machine va s'enrayer...
Corrompons sous la pluie. Pour son deuxième long métrage, Stefano Sollima ne s'embarrasse pas des codes généralement utilisés pour filmer comme il se doit la capitale romaine : cadrage sous forme de carte postale, couleurs chaudes... Bref, à l'inverse d'un Woody Allen et de son To Rome with love, le réalisateur plonge la ville dans une nuit pluvieuse arrosée de violence avec pour seule lumière, les néons des boîtes de nuit.
Rome et la "décadanse"
C'est dans cette ambiance glauque et malsaine que se croise des personnages de différentes couches sociales mais reliées à un même point commun : la corruption et le crime. Même si toutes les routes mènent à Rome, Suburra n'y va pas par quatre chemins pour dénoncer l'engluement de l'Etat dans des affaires liées à la Mafia. C'est le cas de Malrgradi (Pierfrancesco Favino), politicard pensant plus à sa réélection qu'à l'avenir du pays. Après une nuit de débauche dans un hôtel luxueux, le député ne se gêne pas à pisser par la fenêtre sur une place de la capitale, tout en laissant mourir, d'overdose, l'une des deux prostituées. L'homme aura besoin du Samouraï (Claudio Amendola), représentant des familles de la Mafia afin de d'éteindre l'incendie tout en assurant son aide quant au passage de la loi sur le littoral. Loi qui ferait de l'Ostie, un nouveau Las Vegas et El Dorado pour les gangsters. Cet étroit lien avec la Mafia se trouve également dans les arcanes du Vatican, poussant un pape à la démission car incapable de lutter. Un événement qui fait bien entendu penser au départ de Benoit XVI, ajoutant un peu plus d'authenticité au propos car comme l'affirme le cinéaste: "Tout ce qui est montré dans le film est vrai".
Mais Suburra s'étend également sur l'évolution du crime organisé à travers deux figures diamétralement opposées. Le samouraï, visage de la mafia agissant avec un code d'honneur et le "numéro 8" (Alessandro Borghi), jeune chien fou utilisant la violence pour asseoir son pouvoir. Ce dernier n'accepte plus de se plier aux règles dictées par ces organisations d'un autre temps. S'ensuivra un règlement de comptes en règle qui ne trouvera aucun vainqueur. Car dans cette semaine où Rome est au bord de l'Apocalyspe, les héros n'existent pas et tous chuteront, emportés par le déluge.
Une Rome enveloppée dans une nuit teintée de violence et de corruption, Suburra est un film coup de poing bien maîtrisé par son réalisateur Stefano Sollima. A quand une histoire aussi féroce qui décrirait les bas-fonds du paysage politique français ?
